En 1628, le roi Louis XIII à
la suite du siège de la Rochelle victorieux décide la
construction de l'église Notre-Dame-des-Victoires. Le plan
de l'église est conçu par l'architecte Pierre Le Muet au
bénéfice des Augustins déchaussés, dits les
Petits-Pères ; mais les travaux à peine commencés
furent suspendus faute de fonds. À partir de 1656, la
construction est reprise sous la direction de Libéral
Bruant, puis de Gabriel Le Duc.
Bien qu'inachevée, l'église est bénie en 1666. Touche
finale, le portail est dû à Jean-Sylvain Cartaud qui
achève la construction du sanctuaire de 1737 à 1740. À
la Révolution, l'église, privée de ses religieux,
devient le siège de la Loterie nationale puis Bourse
des valeurs sous le Directoire.
Elle est rendue au culte en 1802. |
"Consacre ta
paroisse au Très Saint et Immaculé Cœur
de Marie"
Abbé Desgenettes, curé de ND des
Victoires (1778 - 1860)
La
paroisse de Notre-Dame des Victoires, située au centre
de Paris, centre elle-même du commerce et des affaires,
entourée de théâtres et de lieux de plaisirs, devenue le
point central d'où partaient et où aboutissaient les
mouvements politiques qui ont agité Paris pendant tant
d'années, la paroisse de Notre-Dame des Victoires avait
vu s'éteindre dans son sein presque tout sentiment,
presque toute idée religieuse ; son église était
déserte, même aux jours des plus grandes solennités ;
les sacrements, les pratiques religieuses étaient
abandonnés, rien ne semblait mettre un terme à ce
déplorable état, qui avait déjà dix années
d'existence.
Le 3 décembre 1836, fête de saint
François-Xavier, à 9 heures du matin, je commençais la
sainte messe au pied de l'autel de la Sainte Vierge ;
j'en étais au premier verset du psaume Judica me, quand
une pensée vint saisir mon esprit. C'était la pensée de
l'inutilité de mon ministère dans cette paroisse ; elle
ne m'était pas étrangère, je n'avais que trop
d'occasions de la concevoir et de me la rappeler.
Malgré tous mes efforts pour repousser cette malheureuse
pensée, elle s'opiniâtra tellement qu'elle absorba
toutes les facultés de mon esprit, au point que je
lisais, je récitais les prières sans plus comprendre ce
que je disais. Après avoir récité le Sanctus, je
m'arrêtai un instant, je cherchai à rappeler mes idées ;
effrayé de l'état de mon esprit, je me dis : "Mon Dieu !
Dans quel état suis-je ? Comment vais-je offrir le divin
Sacrifice ? Je n'ai pas assez de liberté d'esprit pour
consacrer. O mon Dieu, délivrez-moi de cette malheureuse
distraction !"
A peine eus-je achevé ces paroles que j'entendis très
distinctement ces mots prononcés d'une manière
solennelle : "Consacre ta
paroisse au Très Saint et Immaculé Coeur de Marie."
Après
mon action de grâces, j'examinai la manière dont j'avais
offert le saint Sacrifice ; alors, seulement, je me
rappelai que j'avais eu une distraction, mais ce n'était
qu'un souvenir confus, et je fus obligé de rechercher
pendant quelques instants quel en avait été l'objet. Je
me demandai comment cette distraction avait cessé, et le
souvenir de ces paroles que j'avais entendues se
présenta à mon esprit. Cette pensée me frappa d'une
sorte de terreur. Je cherchais à nier la possibilité de
ce fait. (...) Et j'appuie mes mains sur le prie-Dieu
sur lequel j'étais à genoux.
Au moment même, et je n'étais pas encore relevé (j'étais
seul dans la sacristie), j'entends prononcer bien
distinctement ces paroles : "Consacre ta paroisse au
Très Saint et Immaculé Coeur de Marie."
Je retombe à genoux, et ma première impression fut un
moment de stupéfaction. C'étaient les mêmes paroles, le
même son, la même manière de les entendre. Il y a
quelques instants, j'essayais de ne pas croire, je
voulais au moins douter ; je ne le pouvais plus, j'avais
entendu, je ne pouvais me le cacher à moi-même. Un
sentiment de tristesse s'empara de moi, les inquiétudes
qui venaient de tourmenter mon esprit se présentèrent de
nouveau.
(à suivre)
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